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SCAPULAIRE.COM - LES GIRONDINS À LA UNE
LA SYMPHONIE PATHETIQUE

D'un de nos envoyés spéciaux - Jean-Paul OUDOT BORDEAUX.
- Chapeau les Girondins ! Double chapeau même ! Comme les deux buts que les Girondins ont obtenus hier soir, dans une ambiance extraordinaire et à la suite d'un match qui fera sans doute date.
Ils ont failli réaliser l'exploit remarquable de renvoyer la Juve à l'école du football national et non européen.

Avouons franchement que les Bordelais nous ont littéralement épatés !
On n'a pas fini de parler du but de Briaschi à Turin, dans les chaumières girondines.
Rappelons qu'il avait été entâché d'une faute flagrante de l'avant-centre italien.

En tout cas, il aura pesé très lourd dans le décompte final!
Mais que les Bordelais ne soient pas abattus : gagner 2-0 contre les champions d'Italie n'est pas une performance à la portée de tout le monde. Et il n'aura pas manqué grand-chose aux partenaires de Battiston pour écrire une nouvelle et brillante page du football national.

Les Turinois ne s'attendaient sans doute pas à une telle réception, malgré les recommandations que Michel Platini n'avait sans doute pas manqué de leur adresser.
Quelle ambiance au stade municipal ! Du jamais vu à Bordeaux ! Quarante mille spectateurs, chauffés à blanc, et onze Girondins remontés comme des mécaniques !

Aimé Jacquet nous avais promis une surprise.
L'entraineur bordelais a tenu ses engagements et pris même un risque insensé pour certains: celui de se priver, le temps nécessaire et voulu, d'un atout offensif de taille, Fernando Chalana lui-même.
II était clair qu'au moment du coup d'envoi, Jacquet souhaitait, de la part de ses joueurs, un pressing incessant sur le porteur du ballon, en tâchant au maximum d'être en état de supériorité numérique quand les Girondins seraient en possession de celui-ci.

II convenait aussi, selon le schéma tactique fomenté la veille, de ne pas partir baïonnette au canon, poitrine en avant, afin d'éviter de se faire poignarder dans le dos par le cheval fou, Boniek, et son maître de manège, Platini.
Un but encaissé et les dernières illusions girondines se seraient envolées. Pensez, II eût alors fallu gagner... 5-1, pour obtenir sa place en finale !

Un train d'enfer
Mais les Girondins avaient néanmoins promis aux Turinois un train d'enfer, une mise en route démoniaque, un pressing de tous les instants. A la manière, parfois virile, de Rohr et Girard. Mais on notait surtout une occupation du terrain, un quadrillage exemplaires qui posaient des problèmes à la Juve.

Cette première période avait été le plus souvent hachée, tendue, virile, voire incorrecte.
Mais quel rythme, quel enthousiasme, quelle combativité, quelle détermination du côté des Girondins!

Et les champions de France surent à merveille entretenir le foli espoir des quarante mille spectateurs en obtenant ce but qui pouvait encore changer bien des choses. C'était à la 24, minute.

Tigana avait lancé Lacombe, auteur d'une merveilleuse prouesse technique (un dribble aérien orienté).
Le buteur girondin effectuait, en pivotant, un centre en retrait au point de penalty que Müller convertissait en but, d'un tir à ras de terre croisé.

Vous imaginez le déferlement d'enthousiasme qui envahit !e stade municipal !
C'était au moment même où les Girondins avaient pris l'escendant sur leurs adversaires.
Car le début de la rencontre, s'il avait été à l'avantage des Bordelais, n'avait pas débouché sur grand chose de valable.

Il est vrai que les Turinois dégageaient par tous les moyens leur surface de réparation. II y eut cependant quelques escarmouches girondines, notamment par Lacombe (3'), Tigana sur l'aile gauche (9'), auteur d'un bon centre au deuxième poteau, Battiston, en relais avec Lacombe (15'), et, surtout, une ouverture de Giresse (25') pour Specht, bousculé par Bonini, en pleine surface de réparation, sans que l'homme en noir ne bronchât.

Pourtant, l'enthousiasme des supporters avait faili être sérieusement douché à la douzième minute.
En effet, Rossi filait sur l'aile droite, lançait Boniek dans le trou, et le Polonais effectuait un bon centre au point de penalty. Briaschi, fort heureusement pour les Girondins, arrivait un poil trop tard.
C'était quand même un coup de semonce, et les Girondins reprenaient la rencontre avec prudence, n'oubliant pas qu'un but turinois aurait été un coupde poignard.

Après le but libérateur, un débordement de Cabrini fut le signe que les champions d'Italie n'abdiquaient pas.
Mais les Girondins, toujours survoltés, en remarquable condition physique, ayant retrouvé comme par miracle toute leur fraîcheur, continuaient à maîtriser la rencontre avec un certain talent et une maturité extraordinaire.

Témoin ce très bon une-deux entre Giresse et Specht, et surtout cet excellent tir de Müller (40'), décidément en bonne condition, que Bodini, bien placé, pouvait cueillir sans trop de problèmes.
1-0 à la mi-temps : allons, rien n'était encore joué !

La deuxième période fut tout bonnement extraordinaire. Oh, bien sûr, il y eut quelques atermoiements, quelques hésitations, quelques balbutiements, mais le suspense demeura entier et les dix dernières minutes furent tout simplement phénoménales.
C'était reparti pour les Girondins qui avaient attaqué tous azimuts grâce à des percées de Thouvenel, de très bonnes balles de Giresse et de très bons centres de la gauche décrochés par Tusseau.

Quand survint l'arme secrète de Bordeaux, Chalana, dix minutes après le repos. Cela ne perturba pas trop les Turinois rompus à toutes les manoeuvres. A tel point que Platini (70') eut une très belle occasion d'égaliser mais le Français d'Italie, ratait sa reprise. C'était la preuve que Turin continuait à jouer en contres et restait dangereux.

Battiston, l'espoir !
Mais cette deuxième période, plus encore que la première, fut archidominée par des Bordelais superbes, généreux, combatifs, en un mot époustoufflants ! II serait ici fastidieux de rappeler le nombre d'occasions nettes des Girondins.

On se contentera d'évoquer les dix dernières minutes palpitantes. Le deuxième but bordelais survenant à la 79' minute.
Tusseau avait décoché un tir terrible, et Bodini avait eu la chance de se trouver sur la trajectoire.

Sur le corner, le ballon revenait à Battiston, qui, de trente mètres, au minimum, décoche un tir canon, un tir qui ricochait sur le poteau avant d'entrer au fond des filets !

II restait dix minutes à jouer, dix minutes d'enfer pour la Juve, qui ne s'attendait sans doute pas à une telle issue.
Les Girondins eurent alors au moins cinq occasions de marquer ce fameux troisième but qui eût contraint les Turinois à la prolongation.
Et que serait-il advenu dans cette perspective ?

Ce fut d'abord une reprise manquée de peu par Lacombe (84'), puis encore un nouveau tir canon de Battiston (85').
Et ensuite un arrêt réflexe extraordinaire de Bodini sur une frappe instantanée de Tigana (88').

Pour terminer, une reprise de la tête de Specht, qui passait juste au-dessus (89') !
Quelle fin de match ! Quel extraordinaire suspense!
Pour être objectif, il faut signaler que Boniek, à la quatre-vingt-sixième minute, fut bel et bien descendu par Tusseau et aurait mérité un penalty.

Les quarante mille spectateurs du Stade Municipal se souviendront longtemps de cette soirée historique, qui a démontré que Bordeaux n'était pas loin de réussir le pari insensé qu'il avait engagé au Stadio Comunale.