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SCAPULAIRE.COM - LES GIRONDINS À LA UNE
ATHÈNES NE RÉPOND PLUS

L'exploit des Girondins aura donc été inutile. Au bout d'un étourdissant suspense avec prolongation et tirs au but, ils ont finalement laissé échapper la chance qui s'offrait à eux de disputer la finale de la Coupe des Coupes.

LEIPZIG.
- Adieu Athènes, adieu l'Acropole, le Parthénon, adieu le Pirée et le sirtaki, adieu le rêve, adieu pour cette année l'espoir de voir enfin une équipe française remporter une coupe d'Europe. Mais que de regrets, que de regrets, Bordeaux, première formation hexagonale à s'imposer en RDA, bien mince consolation en vérité, aurait dû largement l'emporter sur l'ensemble des deux rencontres.

Et cependant Bordeaux est éliminé, au terme de cent vingt minutes de jeu et d'une bouleversante série de tirs au but après avoir cru en sa bonne étoile quand Dropsy repoussa le premier penalty en cours de prolongation.

Hier, les hommes de Jacquet ont confirmé leur supériorité intrinsèque sur ceux de Thomale, conduisant leur match avec maîtrise et intelligence, ne souffrant jamais réellement et se créant plusieurs bonnes occasions de faire la différence.
Pourtant, Bordeaux a échoué pour quelques malheureux millimètres au bout de la plus serrée des photos finish.

C'est cruel, très cruel, presque inhumain.
A l'origine, la rencontre avait été placée sous le signe d'un double handicap pour les Girondins : celui du score, évidemment bien lourd à supporter, et celui des hommes qui pesait de beaucoup de poids lui aussi. Si Thomale le magicien avait en effet réussi, mais nous n'en avions jamais vraiment douté, à retaper tout son petit monde, Jacquet avait dû se résoudre à faire sans sa charnière centrale Battiston-Specht, ce qui était inquiétant.
Même s'il n'y avait aucune raison de condamner à priori la paire formée du plus jeune et du plus âgé des joueurs de champ bordelais.

Changement d'histoire
D'autant plus que ce n'est pas vraiment le match attendu que ce duo bizarre eut à entamer, si l'on considère qu'il ne fallut pas plus de deux minutes et quarante-cinq secondes aux Girondins pour effacer leur retard, ce qui, au passage, tordait le cou à tous les jolis plans, à toutes les jolies tactiques patiemment élaborées dans la tête des entraîneurs.
Vous parlez d'une prudence initiale et d'une patience obligatoire. Un centre de Girard dans les six mètres, une déviation de la tête de Fargeon et un ballon prolongé de la cuisse à bout portant par Lindner sous la menace de Zl. Vujovic.
Et voilà comment ce bon vieux football vous fait un drôle de pied de nez, le manque de réussite du match aller se trouvant gommé d'un seul coup d'un seul sans que l'on sut très bien s'il s'agissait là de chance ou d'une sorte de justice tardive. Toujours est-il, et vous l'aurez compris, que l'histoire qui allait nous être contée n'était plus vraiment celle attendue.

Bordeaux, tout à son bonheur, faillit d'abord revenir à la case départ quand Liebers, eut l'occasion de tirer, dans le mur, un coup franc de face sur la ligne des dix-huit mètres (3') puis quand, dans la minute suivante, Scholz se retrouva tout seul au point de penalty pour réceptionner un centre en retrait dont il fit cadeau à Dropsy.
Passé ce cap difficile, les Bordelais s'installèrent tranquillement dans une rencontre qui devint un modèle d'équilibre, la passation du ballon étant dés lors équitablement répartie.

Mais de cette rude bataille déroulant essentiellement ses fastes au milieu du terrain, il ne sortait rien de positif de longues minutes durant, les manoeuvres d'approche un peu lentes facilitant le regroupement des défenses et encore plus la tâche des deux gardiens appelés à intervenir uniquement sur des balles trop longues ou des passes en retrait. Si bien que Dropsy dut attendre, sans se plaindre vraiment, la 30' minute pour frissonner sur un ballon que Zoran Vujovic confisqua in-extremis à Marschall bien placé devant le but.

Bordeaux répondit par un centre de Girard et une tête de Touré, celle-ci passant largement à côté (30'). C'était en tout cas la preuve que les Girondins, confirmant leur supériorité toute théorique du match aller, ne peinaient pas vraiment et qu'ils avaient du répondant. Ce qu'ils prouvèrent notamment sur quelques centres aériens à hauteur de leurs dix-huit mètres qu'ils repoussèrent avec une louable et efficace énergie.

Personne ne fut donc surpris d'avoir à porter à leur actif les occasions suivantes, nées d'un long centre de Touré que Zlatko Vujovic reprit avec l'arrière du crâne pour le déposer dans les bras de Muller, bien placé (37'), puis d'un coup franc aux 25 mètres sur lequel Touré obligea le gardien allemand à se détendre pour plaquer le ballon au sol (40'). Le repos survint alors sur un score tout à fait conforme cette fois à la réalité des choses, Fargeon ayant même eu l'occasion d'adresser un ultime tir de quinze mètres, imprécis toutefois, en direction de Muller (45'). Aimé Jacquet allait avoir un quart d'heure afin de concocter un scénario à sa façon pour la suite des événements qui s'annonçait passionnante.

Le danger se précise
Que dit-il à ses hommes? A en juger par les premières minutes de la reprise : de ne pas changer grand-chose à leur comportement, de continuer à jouer sereinement sans jamais verser dans l'antijeu, de remonter tous les ballons avec précision en attendant l'ouverture.

De l'autre côté, toutefois, on semblait décidé à accélérer, à bousculer la machine bleue, à la perturber. Plusieurs fois, les Girondins durent sérieusement reculer leurs bases pour repousser le danger, qui suintait sans se déclarer encore ouvertement. En cours de route, Girard laissa un peu trop trainer sa jambe, ce qui lui valut de prendre un carton jaune, lequel, s'ajoutant à celui reçu à Bordeaux contre Benfica, le privait d'ores et déjà d'une éventuelle finale.

Seulement, de finale, il n'était pas encore question, car Leipzig faisait le forcing. En vingt minutes, Bordeaux, qui n'avait lâché qu'un corner en première mi-temps, en avait concédé cinq, Bordeaux, qui avait obtenu quatorze coups francs contre huit en première période, en avait concédé huit contre cinq. Ces chiffres valant mieux que de longues explications.

Pourtant, c'est bel et bien à Fargeon que revint la possibilité de marquer, quand Zötsche et Baum "déchirèrent" successivement sur leurs six mètres. Mais le Bordelais fut tellement surpris qu'il ne parvint pas à dévier le ballon (66').
Ensuite, la poussée jaune reprit. Dropsy se montrant impeccable sur un coup de tête de Marschall (70'). Quand surgit des pieds de Touré ce qui aurait pu être la balle de match. Au bout d'une longue remontée en solitaire, le meneur de jeu bordelais décocha un tir superbe et violent sur la base du poteau gauche de Müller (72').

Alors, la rencontre se débrida. Touré, toujours lui, plaça un solide coup de tête que Müller bloqua (75'). Puis Dropsy se jeta vaillamment et brillamment pour intercepter un parfait centre en retrait de Kuhn (78') avant de repousser avec l'aide de Touré encore un ballon brûlant jailli d'un corner (79').

Survint enfin la dernière frayeur quand Dropsy maitrisa mal un centre aérien avant que Touré ne bouscule Marschall dans la surface (88') sans réaction de M. Courtney qui siffla donc la fin du temps réglementaire.
Prolongation égale émotions. Mais aussi parfois une certaine dégénérescence du jeu qui se traduit par une brutale explosion du score. Or, rien de tout cela ne pointa, les deux formations conservant, preuve de leurs grandes qualités physiques, leur rigueur et leur calme.

Le rythme était lent, mais plus que la lassitude, c'est la peur de se laisser surprendre qui freinait les deux équipes. Pourtant l'impeccable Zlatko Vujovlc commit une terrible erreur en accrochant le pied de Richter dans sa surface.
M. Courtney n'hésita pas. Penalty.
Tout semblait finit et tout recommença. Zötsche tira en force, Dropsy repoussa. Marschall reprit et frappa sur la transversale. Bordeaux se dégagea enfin (108'). Renversant, haletant, ébouriffant, Bordeaux véritable rescapé rêvait toujours d'Athènes et tente d'y parvenir sans passer par la case penalties sur des efforts de Touré, Fargeon et Tigana. En vain.

Ce qui s'avérera d'autant plus dommageable qu'au bout d'une effarante et passionnante série de penalties longue de quatorze tirs, René Müller, le gardien de Leipzig succédant à Zoran Vujovic qui venait de rater son tir, trompera son homologue Dropsy, propulsant le Lokomotive vers la Grèce et les Girondins vers leur épouvantable malheur.

LE MALHEUR DE ZORAN
Premier penalty: Touré trompe en force Muller sur sa gauche.
Lindner prend ensuite à son tour Dropsy à contrepied sur sa droite.
Le tir de Vercruysse est trop faible, Müller le bloque en plongeant sur sa droite (2-1).
Liebers ne croise pas assez son tir, Dropsy détourne sur sa gauche.
Rohr trompe en force Muller dans la lucarne. Dans un trou de souris, Marschall trompe Dropsy sur sa droite, qui avait bien plongé.
Girard, d'une frappe très violente, réussit le quatrième tir au but bordelais.
Zötsche, d'une frappe croisée du gauche, transforme à son tour le tir au but allemand.
Roche frappe au centre, du plat du pied, et transforme.
Kuhn marque à son tour au ras du poteau droit, à ras de terre.
Il faut continuer à tirer les pénalties. Le score est de 4 partout.

Tigana frappe en force sur la droite de Müller. Ça passe, ça fait 5 pour Bordeaux.
Altmann égalise en battant Dropay d'un tir croisé sur sa gauche.

Au tour de Zoran Vujovic, qui tire trop faiblement, Muller bloque facilement le ballon en plongeant sur sa droite.
Le gardien Muller se charge du dernier coup de pied au but et marque en pleine lucarne.

Pour Bordeaux, tout est fini, hélas ! Six penalties à cinq pour Leipzig.