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SCAPULAIRE.COM - LES GIRONDINS À LA UNE
LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS

D'un de nos envoyés spéciaux. Jean-Jacques VIERNE

KRIVOI-ROG. - Les Girondins de Bordeaux sont, depuis hier soir, la troisième équipe française après Reims (1956 et 1959) et Saint-Etienne (1875 et 1976) à se qualifier pour une demi-finale de la Coupe d'Europe des clubs champions.

Ils ont réussi cet exploit à l'issue de l'épreuve des coups de pied au but, couronnant une rencontre où les Bordelais ont rendu aux Soviétiques la monnaie de leur pièce du match aller (1-1).
Une rencontre exhaltante et contrastée, avec en première mi-temps une équipe bordelaise bousculée et quelque peu prise de vitesse, beaucoup plus alerte et dominatrice en seconde période et durant les prolongations.

Dans les conditions où le match s'est joué et surtout a été préparé, c'est un superbe exploit qu'ont signé hier les champions de France, même si leur valeur physique était, sans contestation possible, nettement supérieure à celle de leur rival du jour.

Dans une ambiance hostile sur un terrain difficile, ils ont réussi ce qu'on attendait d'eux et qui démontre que le passage à vide qu'ils ont connu ces dernières semaines n'était qu'une péripétie. Ils se sont montrés dignes de leurs précédentes sorties européennes (à Bilbao et Bucarest) et cette qualification, qu'ils ont dû longuement savourer lors de leur long retour aérien, démontre que là était bien la vérité et non point dans ces quinze jours plutôt pénibles qu'ils ont maintenant oubliés.

Car ce succès des Bordelais va certainement les relancer eux-mêmes en Championnat et relancer aussi une fin de saison qui aurait souffert de leur éventuel échec.
Deux heures avant ce dénouement, c'était plutôt de l'état du terrain que l'on s'inquiétait, pour des raisons évidentes. Les Girondins, n'avaient pu se livrer à une reconnaissance des lieux et, compte tenu du déplorable état des campagnes et routes avoisinantes, inondées par la fonte des neiges, on pouvait craindre le pire.

Un départ musclé
Le terrain se présenta finalement sans la moindre parcelle d'herbe, brûlée par la neige, un peu sablonneuse d'aspect, mais point trop boueuse dans l'ensemble, ce qui était le principal.
45 000 spectateurs le ceinturaient et un vent violent le balayait dans le sens de la longueur, un vent qui allait avantager Bordeaux en première période... Avant de disparaître presque entièrement par la suite.
Les présentations furent vite effectuées, en ce qui concerne en tout cas Litovchenko, le grand absent du match aller qui, brûlant la politesse à la défense girondine sur son flanc droit, se présenta totalement seul devant Dropsy dés la première minute, mais croisa trop son tir.

On eut un court moment l'impression que les Soviétiques, qui après tout tenaient leur qualification, avaient décidé de laisser venir. Mais cela ne les empêcha pas de se lancer avec une conviction impressionnante dans leurs mouvements offensifs. Ce qui mettait en lumière parfois le côté très mécanique de leur jeu. Exemple : ces deux passes dans le vide de Tcherednik, alors qu'aucun coéquipier ne l'avait appuyé. Mais cela posait surtout beaucoup de problèmes aux Bordelais, serrés de prés en attaque et au milieu du terrain et extrêmement perturbés par le pressing russe.

Cette supériorité devait être très vite concrétisée par le but du capitaine de Dniepropetrovsk, Lyssenko (12'), reprenant de la tête au premier poteau un corner de Tcherednik devant une défense bordelaise figée. Mais, finalement, ce but changeait peu de choses au problème des Girondins, de toute façon obligés de marquer un but pour espérer
quoique ce soit.

La période qui s'ensuivit devait être à l'image de ce début de match avec une équipe soviétique bien organisée, solide, rapide, pleine de jus, mais qui ne montrait vraiment rien de terrifiant en football pur.
Seulement, il y avait toujours cette condition physique, apparemment très supérieure des ex-champions d'URSS qui leur permettait de gagner la majorité des duels et d'être souvent en surnombre, notamment au milieu du terrain. Litovchenko se paya encore un petit débordement sur la droite, enrayé par Dropsy (18'), tandis que Chalana menaçait Krakovsky suite à une tête au second poteau (26').

Bref, il ne se passait pas grand-chose, mais au moment où les Girondins commençaient à mieux contrôler le jeu et à s'approcher un peu plus des buts soviétiques, un tir puissant da Tcherednik joliment détourné par Dropsy (37') et un nouvel essai de Litovchenko, démarqué à droite (39'), venaient les rappeler à la prudence.

Les Bordelais avaient quand même du mal à se trouver en cette fin de première période, même s'ils terminaient celle-ci assez prés des buts de Krakovsky, mais sans que le goal russe soit véritablement mis en danger.
La situation au repos était plutôt préoccupante. Les champions de France, nettement battus physiquement, n'avaient pas réussi à compenser cette lacune par la précision et la créativité, qui sont leurs grandes forces habituelles.

Quand l'espoir renait
Le tout début de la seconde mi-temps, très nettement à l'avantage des champions de France, fit renaitre l'espoir enfui depuis le but de Lyssenko. Successivement, Krakovsky dut stopper quatre reprises de volée de Giresse (49'), Tusseau (51'), Rohr (53') et surtout Müller (64').

Cette dernière étant de loin la plus dangereuse. Le gardien soviétique ne put d'ailleurs que la repousser vers un magma de joueurs où figurait Lacombe, lequel s'écroula au milieu de trois Soviétiques sans qu'il ait été possible deé déceler une faute nette. Moins virulents (à moins que ce soient les Girondins qui l'étaient plus), les joueurs soviétiques répliquaient pourtant par un déboulé de l'inévitable Litovchenko qui, de très prés, tirait juste au-dessus de la cage
de Dropsy (65').

Les Girondins, c'était indubitable, avaient retrouvé leurs forces et se montraient même virulents, puisqu'on vit Giresse faucher par derrière un adversaire qui venait de lui échapper, peut-être pour la première fois de sa carrière !
Et le match se présentait nettement meilleur qu'en première mi-temps pour les champions de France qui restaient cependant à la merci d'un contre, comme celui de Protasov qui s'enfonça dans leur défense, dribbla même Dropsy,
mais ne put redresser son ballon (68').
Ou encore celui de Kuznetsov, à peine rentré qui loupa totalement la reprise d'un excellent centre du même Protasov (74').

Tusseau le sauveur
Les Bordelais allaient cependant obtenir l'égalisation qu'ils méritaient largement sur le vu de cette seconde période, grâce à un coup de pied arrêté, un superbe coup franc de Thierry Tusseau dans la lucarne, après une faute sur Lacombe aux vingt mètres soviétiques. Cette fois, Krakovsky ne pouvait rien et on repartait de zéro (76').

Etonnant renversement! Les Girondins ne lâchaient plus leur proie, Thouvenel se payait un déboulé de soixante mètres avant d'être contré in extremis (82'). Puis une volée de Lacombe rasait le poteau gauche de Krakovsky (83').

A la dernière seconde de jeu, les champions de France obtenaient un coup franc en forme de balle de match, mais sans résultat. II fallait aller en prolongation ce qui n'était qu'à moitié rassurant compte tenu de la valeur physique de l'équipe soviétique.

Les données allaient cependant être modifiées peu après le début du temps extra réglementaire lorsque Vichnievsky fut expulsé pour avoir fauché Chalana, ce qui lui valait son second carton jaune de la soirée, le premier ayant été stupidement reçu en première mi-temps pour avoir joué un ballon longtemps après le coup de sifflet de l'arbitre (96').

Curieusement, cet incident sembla libérer totalement les deux équipes qui se mirent alors à jouer leur va-tout,
comme il est de mise en pareil cas. Successivement, Battiston qui avait lâché tout le monde à la course (98'), Protasov (99'), Giresse également seul devant le gardien (101') et Tigana, but grand ouvert devant lui après que Lacombe eut buté de justesse sur Krakovsky (103'), eurent le but décisif au bout du pied.
Durant ces quelques minutes, très enlevées, on se serait cru revenu au match aller avec une équipe bordelaise dominatrice, mais malheureuse au possible dans la finition.

La seconde partie de la prolongation fut moins brillante. Les Girondins n'arrivant pas à tirer parti de leur avantage numérique, il fallut donc en venir aux tirs au but et la décision se fit très vite.
Dés le premier essai soviétique, manqué par Litovchenko dont le tir fut détourné par Dropsy sur son poteau. Battiston avait déjà réussi le sien, mais il fallait encore que Giresse, Lacombe, Specht et pour finir Fernando Chalana (du droit !) ne molissent pas d'un centimètre pour que Bordeaux se qualifiât pour une demi-finale qu'il a mille fois mérité pour l'ensemble de son oeuvre. Et qui n'est peut-titre qu'un commencement...