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SCAPULAIRE.COM - LES GIRONDINS À LA UNE
UN FINAL A FAIRE PEUR

D'un de nos envoyés spéciaux Gérard EJNES

TBILISSI. - Pour la dixième fois, une équipe française participera, le mois prochain, à une demi-finale de Coupe
d'Europe et à ce palmarès les Girondins" battus vainqueurs" hier à Tbilissi accomplissent cette performance pour la seconde fois en trois ans, rejoignant Reims et Saint-Etienne eux-mêmes deux fois qualifiés par le passé et lâchant Lyon, Bastia, Sochaux et Nantes.

Voilà le résultat concret et brut de la passionnante rencontre, dans sa seconde moitié en tout cas, disputée hier à Tbilissi, dans un stade pratiquement plein et emballé par le spectacle.

Car si, pendant quarante-cinq minutes, Bordeaux donna l'impression de jouer à sa main et de posséder beaucoup plus d'arguments que le Torpedo, la suite inversa totalement cette tendance si bien que l'on en vint à douter d'une qualification qui semblait évidente au repos atteint sur le score de 1-0 pour l'équipe française qui n'avait jamais souffert.

Tout bascula ensuite et après avoir semblé de nouveau pouvoir être tranquilles quand ils reprirent l'avantage après une heure de jeu, un avantage qu'ils venaient de perdre, deux buts encaissés coup sur coup les obligèrent à trembler jusqu'au bout dans une fin de match échevelée et qu'aucune des deux formations ne maîtrisa réellement.
Au bout du compte, Bordeaux se qualifia sans que l'on puisse crier à l'injustice si l'on se rappelle du match aller.

Du pain bénit
Pourtant, contrairement à ce qui s'était passé voilà deux ans du côté de Krivoï-Rog, jamais en début de match les Girondins ne donnèrent l'impression de souffrir véritablement sous les piques bien peu acérées des Moscovites.
Certes, il leur fallut souvent, n'est-ce pas Roche, auteur d'un superbe placage sur Agachkov, user de moyens illicites ou de coups défendus. Mais tout cela ne dépassait pas les limites du tolérable et permettait en tous cas de protéger efficacement Dropsy. Celui-ci en première période n'eut en somme à effectuer qu'une bonne sortie des deux poings pour repousser un centre aussi aérien que fuyant.

Le reste appartint à ses défenseurs qui dégagèrent solidairement un coup franc aux vingt mètres (1') et surtout à l'imprécision soviétique : tir croisé de Chavlo délaissé à l'entrée des dix-huit mètres frôlant la base d'un poteau (7'), tête au-dessus de Kobzev sur un centre de Galaiba (23'), et surtout à la réception d'un corner de Chavlo, tir croisé de Plotnikov traversant quelques paires de jambes avant de longer, bords extérieurs heureusement, un poteau (39').

Il faut préciser toutefois que cette action comptait presque déjà pour du beurre, car ce qui s'était passé dans la minute précédent et qui mérite d'être conté dans le détail, devait en principe mettre un terme à l'affrontement.

L'ainé des Vujovic, c'est-à-dire celui qui joue devant l'autre, venait de se manifester et de signer le réveil offensif des Girondins en obtenant un coup franc à vingt-cinq mètres de Kharin, tiré par Touré dans le mur (33'), puis en expédiant dans les bras du gardien soviétique un excellent centre au second poteau né d'un cadrage-débordement de Thouvenel sur la droite (35').

Sur l'action suivante, il sembla faire obstruction dans les dix-huit mètres sur Chaveiko, mais l'arbitre suisse préféra retenir pour sa part les deux bras du soviétique entassant tendrement le Yougoslave. La danse s'arrêta illico car M. Galler pointa son doigt vers le rond blanc du penalty. Protestations, bronca magistrale, et but de Touré que l'arbitre accorda en dépit de la présence de plusieurs joueurs dans la surface au moment du tir (38').

Ce but-là, c'était évidemment de l'or en barre, du pain bénit, le petit Jésus en culotte de velours, enfin vous nous avez compris c'était les demi-finales assurées à 99 %, car obligation était faite aux "Torpédistes" d'inscrire trois buts à une défense qui n'en avait pris aucun en cinq matches et demi.
Un treizième travail d'Hercule en somme.

Comme un ouragan
Certes, il fut très vite réalisé, à hauteur de un tiers quand M. Galler repiqua au jeu du penalty dés la reprise, mais l'inquiétude ne dura guère avant de se réinstaller légèrement puis intensivement mais reprenons plutôt les événements dans l'ordre de leur déroulement, car la rencontre s'emballa alors totalement et se débrida de façon inattendue quand on connait la somme de rigueur que les deux entraineurs avaient exigé de leurs joueurs.

Commençons par le penalty, aussi incertain que son grand frère de la première période.
Bien sûr, la faute de Zoran Vujovic, commise sur Chirinbekov, dans un angle de la surface de réparation, était réelle. Seulement, au départ de l'action, deux joueurs soviétiques au moins nous avaient paru hors jeu.

L'action alla toutefois à son terme, c'est-à-dire à une frappe puissante d'Agachkov prenant Dropsy à contre-pied (48'). C'est alors que la partie s'égara sur des sentiers de traverse très agréable pour le public, et un peu moins pour les hommes de Jacquet qui semèrent le vent et récoltèrent par retour du courrier un ouragan qui faillit bel et bien les emporter.

Quel soulagement quand Touré, au bout d'une longue échappée en solitaire, tira sur Kharin, lequel repoussa où il le put, c'est-à-dire sur le malheureux Prigoda, tellement surpris qu'il plaça le ballon dans son but (60').
Mais quelle panique ensuite. Bordeaux tiré d'affaire ?
Pas du tout car immédiatement sur coup franc, Chirinbekov expédia de vingt-cinq mètres un missile sol-air que Dropsy, impuissant, regarda passer (62').

Balles de match
C'était agaçant. La suite fut inquiétante, quand Touré, transformé en stoppeur supplémentaire, effectua sur Savitchev une espèce de planchette japonaise. Cette fois-ci le penalty était indiscutable et Agachkov prit de nouveau Dropsy à contre-pied (69'),
Eh oui ! Torpedo l'avait bel et bien accompli son travail d'Hercule. Mais il lui manquait encore
un petit but pour atteindre l'exploit et vingt et une minutes pour l'accomplir.

Palpitante fut donc la fin du match. On crut d'abord que Ferreri allait enfin mettre au pas ce rude rival quand Zlatko Vujovic lui offrit un merveilleux ballon. Jean-Marc préféra assurer d'un crochet intérieur puis frapper du gauche. Trop mollement pour inquiéter Kharin et exploiter cette véritable balle de match.

Alors, il fallut encore patienter et encore souffrir en regardant par exemple Kobzev récupérer le ballon à dix mètres de Dropsy pour tirer dans les bras du Girondin (84').

En regardant au bout du bout du match Roche "déchirer" sur ses dix-huit mètres offrant ainsi une ultime occasion au Torpedo qui ne sut pas en profiter. Un triple coup de sifflet ponctua l'action, signifiant la fin du match, soupirs de soulagement, embrassades générales, Bordeaux était en demi-finale de la Coupe des Coupes.