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SCAPULAIRE.COM - LES GIRONDINS À LA UNE
UNE TERRIBLE ESTOCADE

Article de Didier BRAUN


BORDEAUX. - Quand Marseille devient une très banale, très moyenne équipe de Division 1 et que, dans le même temps, Bordeaux demeure Bordeaux, cela donne un bras de fer vite réglé, un choc rapidement conclu, un trait précocement tiré sur le suspense attendu, et un 3-0 qui veut tout dire.

Dans un parc de Lescure comble et brûlant de passion, on a assisté, sur l'autel de l'hyperréalisme bordelais, au sacrifice d'un OM trop peu armé et moins brave que d'habitude, handicapé par l'absence de Sliskovic et Papin, un OM que les Girondins abattirent à la manière d'un torero pressé d'en finir.
La référence tauromachique, le public du Sud-Ouest y est sensible. On comprend qu'il ait apprécié le scénario de la feria bordelaise.
Avec, pour commencer, l'entrée en scène de picadores caparaçonnés, qui sont là pour faire courber l'échine de la bête, la faire ployer sous les coups de pique, entamer sa résistance.
Le travail du picador est froidement violent. Besogne nécessaire mais pas belle.
Gernot Rohr fut désigné pour jouer le rôle, sur le dos, les tibias et les chevilles de Giresse.
Jeta t-il un regard sur le programme du match, morceau de bravoure du mauvais goût et de la vulgarité ? Y trouva-t-il, en deux images, le mode de son emploi ?
En tout cas, dans un début de match sulfureux où brillaient, hérissés, les crampons acérés, Rohr infligea à Giresse un rude traitement à base de tacles par derrière et de tirages de maillot. Comme on dit à la télé, ces deux là ne passeront pas leurs vacances ensemble dans le même camp de football...
Au bout de vingt-deux minutes, pas une de plus, le sort de ce duel en fut jeté. II cessa, faute de combattants, entre un Rohr exclu pour deux cartons jaunes en sept minutes et un Giresse mentalement démoli, anéanti. Comme Diallo, qui passait par là, fut victime, pauvre lampiste, du jugement de Salomon rendu par M. Wurtz, Marseille perdit du même coup un de ses rares atouts offensifs. En cette 22' minute, Bordeaux venait sans doute de gagner définitivement la partie.
II en avait déjà pris le chemin dans les douze premières minutes de jeu, qu'il avait totalement dominées par une pression incessante, un forcing ardent, toute énergie bandée.
Que l'adversaire, par mégarde, néglige de serrer sa garde, et c'était le K.-O. assuré.
Ça ne rata pas.

6' minute : corner joué par Tigana pour Roche, décroché ; centre de Roche, anticipation réflexe de Fargeon qui, du dessus du cràne, d'un cheveu peut-être, prolonge le ballon dans le but de Bell.
12' minute: encore Tigana au départ, sur l'autre aile. II tire un coup franc, qui a sanctionné une faute sur Zlatko Vujovic. Ce ballon qui passe devant le but marseillais, aucun Blanc ne va le chercher. C'est Girard qui surgit, à corps perdu. C'est Girard qui frappe, de la tête. C'est Bordeaux qui fait le break.
A 2-0, bientôt à dix contre dix, les certitudes redeviennent bordelaises. En face, au contraire, l'embarras va devenir confusion. L'esprit de résistance collective va s'effriter sur ce mur de conviction. Après une demi-heure de jeu seulement, Bordeaux s'est remis en selle. Définitivement.
Que peut-on faire contre une telle équipe, sûre de sa force, sûre de sa vérité ? Qui continue de réciter son credo, dûrement, impitoyablement, sans aucun relâchement, sans jamais déroger à sa règle. Par contraste, les efforts de Marseille ne pouvaient être que velléitaires et dispersés ; et plus le temps passa, plus le fossé se creusa.
Jamais, non jamais, Dropsy ne fut mis en difficulté. Par qui aurait-il bien pu l'être, tant les essais d'un Cubaynes, désordonné, ou d'un Meyrieu, inconsistant, semblaient vains devant une défense bordelaise ne se laissant jamais aller à la facilité ni à l'aventure...
Tout le jeu fut donc girondin, basé sur cette organisation rigoureuse, planifiant toutes ses initiatives sur ses schémas classiques, dans lesquels Zoran et Zlatko, sur le côté gauche, Girard et Tigana (successeur de Rohr dans la surveillance de Giresse, mais avec d'autres moyens) au milieu, Touré sur le côté droit, d'arrière en avant, sont les points d'ancrage obligés.

Un moment de pureté
Avant la mi-temps, un tir trop enlevé de Touré (30') et un rude duel Bell-Touré, provoqué par un centre de Tigana (32'), ponctuèrent cet ascendant. Par la suite, Même quand Bordeaux paraissait jouer... défensivement, la bourrasque souffla toujours dans le nez de Bell, avec un tir de Zlatko Vujovic, servi par Tigana, sur le côté du but (51'), une superbe percée
de Ferreri (74'), entré en jeu peu avant.
Et puis, en toute logique, un troisième but comme une dernière estocade, signé Touré.
Touré le baroudeur, Touré le gladiateur, redevint à cet instant Touré l'artiste.
Une passe en retrait de Zlatko, une première frappe de Specht. Le ballon revient.
Les défenseurs marseillais font bloc. Mais Touré a tout son temps dans la panique environnante. Les grands artistes ont le don de savoir ne pas se hâter quand tout, alentour,
pourrait inciter à la précipitation.
Touré contrôle, en douceur. Lève le nez. Bien haut. Choisit la finesse. Refuse la force. Tente le lob. Réussit le lob. Au-dessus de la défense. Au-dessus de la mêlée. Au-dessus de Bell.

71'minute : un moment de pureté rare dans le rude combat qui n'a jamais cessé, même
si les jeux étaient faits depuis le premier quart d'heure.
D'ailleurs, même à 3-0, l'assaut ne cessera pas, et l'atmosphère restera pesante jusqu'au bout du calvaire marseillais, et de la manifestation de force bordelaise. Même le dernier coup de sifflet de M. Wurtz ne mettra pas tout à fait un terme aux hostilités. Quand le public, saisi d'ivresse, réclamera un tour d'honneur à ses champions, Zoran Vujovic restera au sol.
Cloué par Cubaynes, à l'issue d'un ultime combat douteux.
En page treize du programme, on avait admiré le dessin futuriste d'un robot-footballeur, portant le numéro 8 (?), emporté sur une civière par deux robots-infirmiers La jambe déchirée, est portée par un troisième brancardier.

Dessin, futuriste, vraiment ?