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SCAPULAIRE.COM - LES GIRONDINS À LA UNE
SEULS SUR LEUR NUAGE

Fidèles à eux-mêmes, c'est-à-dire souverains et d'une froide efficacité, les Bordelais ont parfaitement contrôlé cette finale face à un rival inférieur à sa réputation.

PARC DES PRINCES. - On pourra toujours trouver à redire sur la qualité de cette soixante-dixième finale, invoquer la fatigue chez les uns et les autres, ou bien encore le manque de répondant des Marseillais : le triomphe bordelais est total et n'est pas de ceux que l'on conteste. En remportant, hier soir, sa troisième Coupe de France, en conservant ce trophée qu'il avait conquis, l'année passée, contre ces mêmes Marseillais et en réalisant le premier doublé de son histoire, Bordeaux a mis un point final à une campagne exigeante et harassante de la manière la plus nette qui soit.

Surtout, les Girondins ont terminé cette saison d'une infinie richesse en s'appliquant à rester fidèles à leurs principes, en clamant haut et fort leur vérité et en livrant une rencontre tout à fait dans la lignée de celles qui les ont menés là où ils en sont aujourd'hui, c'est-à-dire au sommet. Une démonstration qui est toujours allée à l'essentiel et qui a toujours eu comme premier souci celui de l'efficacité : un registre dans lequel Bordeaux n'a pour l'instant aucun équivalent dans notre football. Les pisse-menus diront qu'ils n'ont point vu là l'enthousiasme et l'éclat qu'ils souhaitaient
y trouver: bon sang, cessons enfin de faire la fine bouche devant des arguments que nous envions depuis toujours aux meilleures équipes européennes et, saluons plutôt comme elles le méritent la maîtrise, l'assurance et la science de ce remarquable assemblage.
Sous une pluie battante et dans une ambiance tout à fait pro marseillaise, comme tous les prémices à cette finale le laissaient imaginer, la démarche initiale de chaque équipe consista avant tout à bien fermer les dispositions de son rival, à mettre en place sagement son schéma tactique et à se distribuer au passage quelques amabilités, histoire de s'ouvrir l'appétit. Cela commença par une charge un peu rude de Girard sur Sliskovic (4'), qui se poursuivit avec un tacle par derrière de Passi sur Fargeon (5'), et s'acheva momentanément avec un premier carton jaune à l'intention de Galtier (7'), l'arrière droit marseillais ayant frictionné d'un peu trop près les talons de Zlatko Vujovic.

Au quart de tour
Bordeaux eut tout de même la riche idée de ne pas s'éterniser dans ce genre de calcul et sut au contraire saisir sans tarder sa chance dès que la première faille s'offrit à lui dans le dispositif adverse. Rien n'indiquait pourtant que le danger serait imminent, lorsque Sliskovic, tout là-bas sur la droite, balança un coup franc en pleine surface. Mais sur le dégagement de la tête de Roche, Ferreri ayant récupéré le ballon à trente mètres de son but, ne se posa pas la moindre question. Il accéléra presque tranquillement, au milieu de maillots blancs plutôt figés, et aperçut Fargeon parti au quart de tour sur l'aile gauche. L'attaquant bordelais, arrivé seul devant Bell, vit sa première frappe repoussée par le gardien camerounais, mais au prix d'un remarquable réflexe et d'une tête plongeante réalisée dans la continuité de l'action, il donna l'avantage aux nouveaux champions (14').

Sachant la capacité des Bordelais à maîtriser une pareille situation, à résister aux sièges les plus soutenus et à profiter du moindre contre pour jouer avec les nerfs des onze types d'en face, c'est un tout autre match qui débuta alors. Pour énoncer clairement les choses, disons que Marseille ne parut pas tout à fait dans son assiette, face à un tel cas de figure, et que sa manière d'agir ne donna pas le sentiment de pouvoir déboucher sur un retournement de tendance immédiat.
II y eut bien un centre de Diallo venu de la droite et repris de volée par Sliskovic pour donner le change à la domination bordelaise : mais il y eut surtout une nouvelle alerte à l'autre bout du terrain quand Ferreri plaça Zlatko Vujovic sur orbite (20') et une nouvelle preuve d'une certaine nervosité, voire même d'un certain aveu d'impuissance, lorsque Diallo récolta à son tour un avertissement pour n'avoir pas trouvé de moyens licites à la progression de Touré.

Bordeaux, en cette fin de première mi-temps, apparaissait tel qu'en lui-même, c'est-à-dire sûr de sa force, sérieux, rigoureux, très attentif dans ses remplacements et dans son occupation du terrain, mais aussi beaucoup plus vif que l'OM, Ferreri en particulier trouvant dans cette partie les conditions idéales pour exprimer ses qualités de vitesse et d'intuition. Les Girondins, un instant mis à l'ouvrage par une longue balle en profondeur destinée à Papin mais bien négociée par Dropsy, eurent même l'élégance, au cours de cette période rose, de prendre un ballon aux Marseillais par les soins de Tigana.

Marseille restait sans voix et sans ressources. Les ballons de Glresse arrivaient une fois sur trois là où ils devaient atterrir ; les astuces techniques de Sliskovic n'étaient pas d'un grand secours face au marquage intelligent des Bordelais ; quant au reste de l'équipe, on ne peut pas dire non plus qu'il se donnait les moyens de trouver une solution collective aux problèmes posés et qu'il avait en tête tous les principes de sécurité élémentaires. Aussi rangera-t-on l'ultime tentative de Laurey repoussée par Dropsy (45') au rayon des simples faits divers.

Vu l'état des lieux dressés dans le camp marseillais, l'entre en jeu de Genghini, à la place de Laurey, ne fut sans doute pas un luxe pour apporter un peu de cohérence et de flair à ce challenger bien décevant. Il n'empêche, si le début de la seconde période s'avéra plus équilibré que ce qu'on avait vu précédemment - un splendide coup franc de Sliskovic détourné par Dropsy (53') répondant à un centre tendu bien capté en deux temps par Bell - Bordeaux était encore loin d'avoir perdu la main mise sur cette finale.

En abandonnant ouvertement sa politique des petits pas au profit d'un programme beaucoup plus ambitieux, mais également plus risqué (remplacement de Galtler par Cubaynes), l'OM eut cependant le mérite de jouer au moins son rôle à fond et de ne pas abandonner la Coupe au bras de son rival sans avoir tiré sur toutes les ficelles. Ainsi, peu avant l'heure de jeu, Marseille put-il enfin venir asticoter la défense girondine et la mettre réellement sous pression. L'opportunité la plus flagrante ? Probablement ce centre de Giresse sur lequel Dropsy et Thouvenel se génèrent et où Bordeaux eut sérieusement chaud aux fesses (58').

Une fois de plus, pourtant, les Girondins trouvèrent la patience et la vonlonté nécessaires pour traverser, sans plus de dégâts, toutes ces turbulences en plein vol, ainsi que le souffle pour sauter sur les espaces laissés libres de plus en plus fréquemment par les Marseillais. Leur faculté de bien se regrouper et de remonter le terrain en deux coups de cuiller à pot fut parfaitement illustrée d'ailleurs par ce mouvement collectif amorcé par Ferreri sur la gauche, relayé par Girard et achevé par un tir de Touré au-dessus de la barre qui aurait pu mettre tout le monde d'accord (76').

Il restait tout de même un petit quart d'heure, largement de quoi encore se creuser le cerveau et pousser les Bordelais jusqu'à la prolongation. Néanmoins, il aurait fallu pour cela une équipe
marseillaise, peut-étre pas plus combative et accrocheuse, car elle le fut, mais plus lucide, moins fofolle aussi un moment de conclure et tout bêtement au niveau de Bordeaux au plan des individualités.

Résultat, Bordeaux ne leva jamais le nez du guidon et ne se fit jamais surprendre en dépit d'une ultime poussée : à l'inverse, c'est même lui qui se jeta corps perdu dans les boulevards qui s'offrirent à perte de vue et qui trouva la récompense à son remarquable travail de sape. C'est Touré qui déclencha le contre décisif sur la droite, Thouvenel qui donna un centre en retrait aux petits oignons, et Zlatko Vujovic qui scella définitivement l'issue de cette rencontre (88').