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SCAPULAIRE.COM - LES GIRONDINS À LA UNE
LE SACRE DU PRINTEMPS

D'un de nos envoyés spéciaux Jean-Paul OUDOT

RENNES. - Voilà. C'est fait. Trente-quatre ans après.
Un sacré coup de jeunesse, non ? Bordeaux a donc réussi ce qu'il était venu chercher à Rennes : les deux points de la victoire. On lui reprochera sans doute dans les chaumières bretonnes un certain manque de panache. Mais là n'était pas le problème hier soir. II importait de gagner. Jouer le titre sur quatre-vingt-dix minutes alors qu'on a eu trois mille trois cent trente minutes pour se faire à l'idée qu'on pouvait être champion de France : avouez que ce n'était pas banal ! Ces quatre-vingt-dix minutes furent assez pénibles, angoissantes pour les Girondins. Mais ce sont maintenant quatre-vingt-dix minutes de bonheur.

221

On a répété, on a seriné que le sort des Girondins était entre leurs pieds. On connaissait également le rêve, du moins prémonitoire, de Bernard Lacombe. Le capitaine girondin a pris un dicton à son propre compte : "On n'est jamais mieux servi que par soi-même."
Pour devenir champion, il fallait que Bordeaux l'emporte à Rennes et Bernard Lacombe avait fait une bonne partie du chemin en première mi-temps.
Le moment sans doute "historique" eut lieu à la 38' minute à la suite d'une faute de Brulez, pas évidente du tout, sur Lacombe, car le tacle du stoppeur rennais avait paru parfaitement régulier. Toujours est-il que M. Biguet. l'arbitre, fut peut-être abusé par la glissade de Lacombe, qui profitait, à la limite de la surface de réparation, de ce coup franc pour fusiller et transpercer le mur rennais. C'était le 221e but de Nanar, une nénette comme on dit au 421 !
II faut reconnaître que l'avance girondine n'était pas usurpée dans la mesure où les protégés de Jacquet s'étaient procuré le plus grand nombre d'occasions de but. Mais il fallut attendre cette fatidique 38' minute... Les Girondins, qui avaient fort bien abordé la rencontre, parurent solidaires, bien regroupés, quadrillant fort bien la pelouse. Mais il manquait ce petit quelque chose qui fait souvent la décision: la vitesse, la circulation rapide du ballon.
On jouait bien à Bordeaux, mais presque au pas ! Sans doute le poids des responsabilités pesait-il sur toutes les épaules girondines.

II n'empêche que le jeu collectif plus léché, mieux coordonné, plus sage et plus expérimenté, finissait par avoir raison d'une équipe bretonne pas démobilisée comme on aurait pu le supposer. Mais dans cette formation de Rennes, on a revu tous les maux de la saison. Notamment au plan offensif : une seule tentative intéressante fut à noter à la 20' minute sur un coup franc de Vésir et une bonne reprise du jeune Le Dizet. C'était tout pour Rennes ; c'était bien peu mais les partenaires de Brulez faisaient preuve d'une bonne volonté évidente. d'un courage louable.
Les Girondins s'y attendaient en quelque sorte et avaient tissé un réseau défensif serré, avec un marquage individuel très strict. Ainsi Rohr se chargeait-il de Morin, Thouvenel suivait à la trace M'Fédé, Girard surveillait du coin de l'oeil Vésir. Specht livrait un joli duel aérien à Stopyra.
La défense bien assise, il restait au milieu et aux attaquants à s'extérioriser. à respirer, à accélérer. Les premières escarmouches eurent pour nom Muller, tout seul devant Bourge mais qui tergiversait (7'). Memenng bien lancé par Lacombe qui échouait grâce à une sortie opportune de Bourge (17'). On notait encore une bonne contre-attaque de Morin deux minutes plus tard, une accélération de Tigana et un relais de Muller qui permettait à Lacombe de décocher un bon tir (23'), une nouvelle occasion pour Muller (27') et un contre de Tigana pour Memering qui ratait complètement sa reprise (34').

Comme on le voit, ce ne sont donc pas les occasions de prendre le large qui seront manqué aux Girondins en cette première période. On sentait pourtant une certaine fébrilité, ce qui expliquait sans doute la maladresse notable des Bordelais à l'approche de la phase finale au moment du tir. Mais les carottes n'étaient pas tout à fait cuites. A la fin de cette première période, avouons que l'horizon était assez éclairci du côté girondin. Hier soir, ils n'avaient pas choisi la manière mais l'efficacité.
La seconde période n'allait pas avoir la même tenue. Et on reprochera, en particulier, aux Girondins d'avoir peut-être un peu trop vécu sur leur avance. Et pourtant cette avance était la plus minime qui soit car ils restaient sous la menace d'un contre heureux ou malheureux, cela dépend de quel côté on se place !
On aurait donc souhaité un peu plus de tonus, un peu plus de vitesse, un peu plus de panache.

Une si longue attente
Et pour arriver à jouer décontracté, il fallait un deuxième but ! Qui tardait à arriver. L'on notait pourtant un très bon centre-tir de Thouvenel qui roulait sur la barre transversale (61') et une belle frappe de balle de Rohr (64'). La plus belle occasion de cette seconde période devait se situer à la soixante-huitième minute lorsque Bourge, bousculé sur une balle aérienne, relâchait le ballon qui était repris en demi-volée par Specht, le tir de l'Alsacien passant quelques centimètres au-dessus de la transversale.
Ce but tant attendu devait survenir à la 83' minute lorsque Tigana s'était infiltré sur le flanc droit, avait résisté à la charge de Horsmann et centrait pour une reprise assez heureuse de Muller qui heurtait le poteau avant de pénétrer dans les filets. La messe était dite. On eut pourtant peur un instant car les centaines de supporters bordelais commencèrent à vouloir envahir le terrain avant le coup de sifflet. Avouez que le titre girondin dans la poche. c'était quand même assez bizarre de penser que le match pourrait être retardé ou annulé !

LACOMBE ET MULLER DANS L'HISTOIRE
RENNES. - Et si les Girondins entretenaient le suspense comme par plaisir ? Cest la question que tous les spectateurs ont pu se poser hier soir, car il a fallu, en effet, attendre la 83' minute libératrice pour être convaincu que ltes Girondins retrouvaient le titre trente-quatre ans après celui acquis pour la première fois.
II faut bien convenir qu'hier soir les Girondins se sont donnés eux-mêmes quelques frayeurs, même s'ils contrôlèrent de la première à la dernière minute un match qui n'atteignit jamais les sommets. Mais ils n'étaient pas venus à Rennes pour faire le spectacle. Leur expérience européenne a sans doute beaucoup joué et la maturité, le sang-froid, la volonté et la solidarité ont été leurs meilleurs atouts.
Dans l'équipe girondine, DELACHET n'eut qu'un seul tir dangereux à arrêter. ROHR se montra une nouvelle fois un contre-attaquant de valeur, SPECHT un stoppeur intransigeant,
BATTISTON un libero sûr, THOUVENEL, très mobile, GIRARD, utile au plan défensif et MEMERING pour ses centres brossés de gaucher. Quant à TIGANA, il avait visiblement des consignes plus défensives qu'à l'habitude. Dommage, car LACOMBE et MULLER auraient sans doute bénéficié de meilleurs services, d'une meilleure relance. Ils ont néanmoins réussi à obtenir deux buts qui feront date dans l'histoire girondine.

JACQUET: " JE NE REALISE PAS !
Aimé JACQUET: " Depuis le match de Monaco, la période était insupportable pour moi, la pression était énorme, on a beaucoup douté. Fort heureusement j'ai des joueurs de grande qualité mais j'appréhendais le final. Ce soir, pour moi, c'est une soirée exceptionnelle. Nous avons réussi à déjouer les pièges et l'ambiance rennaise. J'ai découvert une équipe solide et lucide. Je n'ai pas encore réalisé peut-étre ce qui nous arrive."